Le taue (repiquage du riz) : en quoi consiste-t-il et quelle est sa place dans la riziculture ?
Le taue, ou repiquage du riz, désigne l'opération qui consiste à transplanter dans la rizière les jeunes plants d'ine (riz) préalablement élevés.
Dans la culture du riz en rizière inondée, c'est l'une des étapes centrales, qui suit la phase de pépinière et marque le début du développement principal dans le honden (rizière principale).
Aujourd'hui, la culture du suitō (riz de rizière irriguée) repose en grande partie sur la « culture par transplantation », dans laquelle on élève d'abord les plants avant de les repiquer dans la rizière.
Il existe également une méthode appelée « semis direct » (chokuha saibai), qui consiste à semer directement les graines (tanemomi) sans repiquage. Cette méthode permet d'économiser environ 20 % du temps de travail et environ 10 % du coût de production pour 10 ares, en évitant la pépinière et la transplantation.
Le taue ne se limite pas à aligner les plants dans la rizière.
Avant le repiquage, il faut préparer le sol ; après, la gestion de l'eau, la fertilisation complémentaire (tsuihi) et la protection des cultures s'enchaînent.
Au Japon, le taue se déroule généralement entre avril et début mai, lorsque les températures remontent, avec des variations selon les régions.

Les étapes préalables au taue : ta-okoshi et shirokaki
Le ta-okoshi : retourner le sol
Avant le repiquage, on procède au ta-okoshi, qui consiste à retourner et émietter le sol de la rizière.
Cette opération permet de préparer un sol meuble dans lequel les racines pourront facilement se développer.
On retourne ainsi la terre endormie pendant l'hiver, en y mélangeant l'engrais, afin de constituer un sol bien nourri.
Aujourd'hui, le ta-okoshi se fait le plus souvent au tracteur, ce qui réduit considérablement le temps de travail par rapport à l'époque où l'on utilisait la kuwa (houe), le suki (charrue à main) ou des animaux de trait.
Le shirokaki : niveler la rizière inondée
L'étape emblématique qui suit le ta-okoshi est le shirokaki.
On remplit alors la rizière d'eau, on répand l'engrais et on aplanit la surface.
Cette opération améliore la rétention de l'eau, facilite le repiquage et limite la pousse des mauvaises herbes.
La qualité du taue dépend en grande partie de cette préparation.
Si la surface est très irrégulière, le repiquage et la gestion ultérieure de l'eau deviennent plus délicats.
L'ensemble des travaux rizicoles, du ta-okoshi au shirokaki, demandait environ 174 heures pour 10 ares vers 1960 ; grâce à la mécanisation, ce chiffre a été ramené à environ 21,1 heures dans les exemples récents.
Pourquoi la pépinière (préparation des jeunes plants) est-elle essentielle au taue ?
Le taue se déroule dans la rizière principale, mais il s'appuie sur la préparation préalable des plants.
La riziculture est souvent décrite selon trois grandes étapes : « ta-okoshi et shirokaki », « préparation des plants », puis « taue ».
Pendant la phase de pépinière, on fait germer les semences pour obtenir des plants en état d'être repiqués.
Historiquement, on utilisait depuis l'époque d'Edo la mizu-nawashiro, une pépinière sur sol travaillé dans l'eau.
Dans les années Shōwa 30-40 (1955-1975), la hoon-secchū-nawashiro, couverte de papier huilé ou de plastique, s'est répandue. Aujourd'hui, on sème généralement dans des bacs de pépinière et on élève les plants destinés à la repiqueuse sous serre.
Autrement dit, le taue n'est pas une opération isolée : il faut le voir comme une étape qui relie la pépinière à la gestion de la rizière principale.
Plus les plants sont en bonne santé au moment du repiquage, plus leur croissance ultérieure tend à être stable.

Comment se déroule le taue : repiquage à la machine et repiquage à la main
Le repiquage à la machine (taueki)
Aujourd'hui, le taue est presque toujours mécanisé.
La méthode la plus répandue consiste à repiquer les plants à l'aide d'une taueki (repiqueuse).
Le repiquage mécanique permet d'aligner facilement les plants à un rythme régulier, et de couvrir de grandes surfaces de manière efficace.
Le kabuma (espace entre les pieds) et le jōkan (espace entre les rangs) restent uniformes, ce qui facilite la gestion ultérieure et contribue à stabiliser le rendement.
En riziculture, il ne s'agit pas seulement de bien repiquer : il faut aussi penser à la facilité de gestion ultérieure.
Le repiquage à la main
Sur les bords et dans les coins de la rizière, ou dans les endroits difficiles d'accès pour la machine, on repique parfois à la main.
On complète aussi manuellement les zones que la repiqueuse a sautées.
Le repiquage à la main, qui consiste à enfoncer les plants un par un dans la rizière, met particulièrement en valeur le soin apporté au geste.
Dans certaines régions, on organise des événements traditionnels ou des expériences scolaires de repiquage à la main, parfois ouverts aux touristes.
Cela dit, dans l'agriculture professionnelle actuelle, la méthode dominante consiste à mécaniser le travail plutôt qu'à repiquer entièrement à la main de grandes surfaces.
Les travaux d'entretien après le taue : gestion de l'eau, fertilisation et protection des cultures
Une fois le taue terminé, la riziculture est loin d'être achevée.
Suivent ensuite le désherbage, la gestion de l'eau, la fertilisation complémentaire (tsuihi) et la lutte contre les ravageurs et maladies (bōjo).
L'importance de la gestion de l'eau
Dans une rizière, l'état de l'eau influence fortement la croissance.
Après le taue, on maintient un niveau d'eau suffisant pour que la rizière ne s'assèche pas, puis on adapte la gestion selon les stades de développement, en abaissant ou en évacuant l'eau.
Le naka-boshi, qui consiste à vider la rizière et à laisser sécher le sol à un stade précis, est une étape clé : il favorise un meilleur enracinement et limite les tallages inutiles.
Le rôle du tsuihi et du bōjo
Le tsuihi consiste à apporter de l'engrais supplémentaire en fonction de la croissance du riz : il influence le nombre d'épis et le remplissage des grains.
Le bōjo, qui implique l'application de produits phytosanitaires selon la pression des ravageurs et maladies, vise à préserver le rendement et la qualité.
Le taue, une étape intermédiaire de la riziculture
Vu sous cet angle, le taue n'est pas « la fin du travail », mais bien « le début de la phase de croissance dans la rizière principale ».
C'est la combinaison de la préparation en amont et de la gestion en aval qui permet d'atteindre la récolte.

Pas seulement le taue : connaître les différences avec le semis direct
Dans la culture du riz aquatique, on distingue la culture par transplantation (avec taue) et le semis direct (chokuha saibai), où les semences sont semées directement dans la rizière principale.
Le semis direct évite la phase de pépinière, mais exige une vigilance accrue concernant l'approvisionnement en eau et la lutte contre les mauvaises herbes.
La culture par transplantation présente plusieurs avantages : les plants peuvent être élevés en environnement contrôlé sous serre ; les plants repiqués étant plus développés que les mauvaises herbes apparues après le shirokaki, ces dernières sont plus faciles à maîtriser ; enfin, les retards d'épiaison (shussui) sont plus rares.
Connaître ces différences permet de mieux comprendre pourquoi le taue est resté si longtemps une étape essentielle.
La culture par transplantation demande davantage de préparation, mais elle facilite la structuration et la gestion de la riziculture, ce qui explique sa large diffusion.
Le taue en immersion : tourisme et activités pédagogiques
De nombreux agriculteurs et collectivités locales proposent des expériences de taue dans le cadre du tourisme ou de programmes éducatifs.
La période varie selon les régions et les programmes, mais ces ateliers se tiennent souvent du printemps au début de l'été, avec des sessions d'environ 1 à 2 heures.
Tenue et équipement recommandés
Comme on entre dans la boue, prévoyez des vêtements qui ne craignent pas les taches, des vêtements de rechange et une serviette.
Certains sites prêtent des bottes et fournissent les plants : ces programmes sont donc accessibles, même aux voyageurs étrangers.
Quelques exemples de lieux où participer
Dans les principales régions productrices de riz et dans les zones de satoyama, on peut parfois combiner taue au printemps et récolte (inekari) en automne, pour une découverte complète de la riziculture.
Une réservation préalable est généralement nécessaire : renseignez-vous auprès des offices de tourisme ou des plateformes d'expériences agricoles.
En résumé : points clés pour bien comprendre le taue
Le taue, qui consiste à transplanter les jeunes plants dans la rizière, est une étape majeure de la riziculture.
Il est précédé du ta-okoshi, du shirokaki et de la préparation des plants, et suivi de la gestion de l'eau, du désherbage, du tsuihi et du bōjo.
Aujourd'hui, le repiquage à la machine est devenu la norme, complété au besoin par un travail manuel.
Pour appréhender le taue en tant que travail agricole, il est essentiel de regarder au-delà de cette seule journée et de comprendre l'ensemble des étapes en amont et en aval.




